Le cantique de Sainte Avoie (ou Avoye)

O bonne Sainte Avoie

Du ciel protégez-nous

Et montrez-nous la voie

Qui mène jusqu’à vous.

 

 1

Pèlerins écoutez

Comment vécut sur terre

Celle que vous priez

Dans ce vieux sanctuaire.

 

2

L’an trois cent environ

D’une illustre famille

Loin du pays breton

Naquit la noble fille.

 

3

Elle reçut le jour

Comme une souveraine

En Sicile, à la cour,

D’une mère chrétienne.

 

4

Et c’est là qu’elle apprit,

Près de sa sainte mère,

A voir avec mépris

Tous les biens de la terre.

 

5

Corps et âme au Seigneur

Elle s’offrit joyeuse :

Lui seul est le bonheur,

Lui seul rend l’âme heureuse.


 

6

Son extérieur charmant

Séduisit le jeune âge.

Plus d’un adolescent

Demanda mariage.

 

7

Baisant son crucifix :

« O Seigneur, disait-elle,

Au vœu que je vous fis,

Gardez-moi bien fidèle ».

 

8

Un jour elle partit

Au loin avec sa mère

Voir sa tante au pays

Qu’on nomme l’Angleterre.

 

9

Au terme elle arriva

Heureuse, on le devine,

Et là-bas y trouva

Une jeune cousine.

 

10

Ursule était son nom :

Fille de foi profonde,

Qui gardait un cœur bon

Et détaché du monde.

 

11

Mais voilà qu’au pays

Des brigands arrivèrent :

Alors des incendies

En tous lieux s’allumèrent.

 

12

Partout on ne voyait

Que scènes de carnage :

Tout brûlait, tout flambait

Sur leur triste passage.

 

13

Sans tarder plus longtemps

Les cousines s’enfuirent ;

Des centaines de gens

En exil les suivirent.

 

14

Vers chez nous leurs bateaux

Sitôt se dirigèrent ;

Mais, au large, les flots

Vers l’Est les refoulèrent.

 

15

Les voilà parvenus

Près d’une grande ville.

Cologne, hélas ! non plus

N’était point doux asile.

 

16

Au pouvoir des brigands

Encor nos gens tombèrent

Et, en quelques instants,

Tous les esquifs coulèrent.

 

17

Devenus prisonniers

D’un peuple sanguinaire

Ils furent massacrés

De diverses manières.


 

18

La cruauté pourtant

De ces oiseaux de proie

Réserva pour un temps

La douce et belle Avoie.

 

 19

On enferma bientôt

L’auguste prisonnière

Dans un affreux cachot

Sans air et sans lumière.

 

20

Mais sur ce lieu si noir

Le Ciel veillait sans cesse.

Un ange vint la voir

Souvent dans sa détresse.

 

21

La bande, un jour, enfin

Voulut quitter Cologne,

Et l’on prit le chemin

Qui conduit à Boulogne.

 

22

Au port en débarquant

On perdit vite Avoie.

Elle, rapidement,

Fuya sans qu’on la voie.

 

 23

Elle alla se cacher

Dans la forêt touffue.

On eut beau la chercher

Ce fut peine perdue.

 

 24

C’est là qu’elle entendit :

« O ma sœur, soyez forte,

Pour vous, du Paradis,

Grande ouverte est la porte. »

 

 

25

Des hommes sans pitié

A genoux la trouvèrent :

Frappés de sa piété

Plus près ils s’approchèrent.

 

26

Ils furent tout troublés

En contemplant sa mine,

Les yeux au Ciel levés,

Sa main sur la poitrine.

 

27

La troupe se jeta

Soudain sur sa victime,

Et chacun essaya

De consommer son crime.

 

28

Mais ce fut bien en vain

Qu’on s’acharna sur elle :

On n’obtint jamais rien

De sa vertu si belle.

 

29

Son corps fut torturé

De la pire manière ;

Son sang de tout côté

Ruissela jusqu’à terre.

 

30

Prenez, Anges du Ciel,

Cette Âme sans souillure

Qu’un peuple criminel

Eût voulu rendre impure.

 

31

Nul ne pourra savoir

Que dans l’autre Patrie

Les maux qu’on vous fit voir,

O Sainte, en cette vie.


 

32

Vous avez conservé

Pure votre jeunesse,

Car vous avez lutté

Sans aucune faiblesse.

 

33

Et maintenant du Ciel

Ecoutez la prière

Que devant votre autel

Vous fait la jeune mère.

 

34

Faites parler, marcher

L’enfant qu’elle vous porte ;

En son âme imprimez

Une foi vive et forte.

 

35

Et tous nous reviendrons

Encore à la chapelle

Aux jours de vos pardons

Prier d’un coeur fidèle.

 


Amen...! 

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